Hyperpertinent

02 janvier 2012

"Bruegel", "Le Havre", et un manque d'inspiration certain pour le titre

Ici, on aime ni le soleil arrogant ni l'azur despote, et on s'en cache pas. Au crépuscule de 2011, voici ce qu'il nous fallait : du finlandais en Normandie et du flamand en Flandre (pour faire plaisir mon ami Barth D. V.). Soit Le Havre et Bruegel, deux beaux films, avec peu de soleil mais beaucoup de lumières. Voilà, j'ai fait une intro et il y a une image. Je pense que tout ceux qui trouvent ce blog mal foutu vont devoir me faire des excuses et louer mon bon goût. Et maintenant parlons du Havre, la plus belle commune de France.

Kaurismaki a choisi une ville parfaite pour lui. Rappelons que dans ces films il est souvent bien difficile de savoir si l'action se situe en 1945, 1950, 1960 ou 1980, et que Le Havre fait à peu près le même effet. Autre point commun: les beautés du Havre et de l'univers du réalisateur Finlandais ne s'offrent pas à vous d'entrée. Il faut apprivoiser, ou du moins s'habituer (je parle en connaissance de cause, bien sûr). Le film impose son temps et le jeu des acteurs est théâtral. Si vous êtes un peu fatigués, vous considérerez même qu'ils sonnent un peu faux. Passez outre! En vérité tout cela est bien délectable.
Le héros s'appelle Marcel Marx (interprété par André Wilms), mais moi comme je connais un Marcel Marx, ça ne m'a pas fait marrer. C'est un cinquantenaire alcoolique (un peu) et cireur de chaussures. Il cache à la police un enfant africain qui cherche à rejoindre Londres. Sa femme est atteinte d'un mal qui ne sera jamais nommé. L'enfant est poursuivi par un policier qui n'a pas d'ami (mais c'est Jean-Pierre Daroussin, alors il est sympa quand même).
La solidarité des pauvres gens, des petits, des obscurs écartera tous les périls, sans niaiserie, avec noblesse. La fantaisie, les décors, la lumière, les personnages et les dialogues transpirent d'humanité. Et il faut absolument voir la scène où le héros déclare que s'il n'est pas noir, c'est parce qu'il est l'albinos de la famille.
Après
Quai des brumes, Tournée et le tout récent La Fée, sans oublier Le cerveau, La bête humaine et le génial Disco, Le Havre confirme que LH est bien la capitale de la République populaire du cinéma.

 

Voilà un inter, vous êtes contents, les gars ? Tout de suite je vais parler de Bruegel, alors qu'en haut je parlais de "Le Havre", même si normalement on dit "du Havre"
500px-Brueghel-tower-of-babel
Pour être apprécié, Bruegel, le moulin et la croix réclame encore davantage de bonne disposition. C'est la Flandre, c'est 1564. Rude pays, rude époque. L'Espagnol tourmente de l'infidèle à tour de bras, et cela inspire à Bruegel l’Ancien Le Portement de la croix, une version de la passion du Christ adaptée à son temps. Remarquez bien que sur votre droite ce n'est pas ce tableau mais la Tour de Babel (1563), car j'ai songé à vous cultiver un peu sans nuire au suspens.
Le principe du film : nous sommes dans le tableau en train de se faire, le peintre est le maître du temps - littéralement... pour en savoir plus il faut voir le film. Je tente maladroitement de susciter une attente, mais j'avoue que si jamais quelque lecteur voit ce film, je m'accorderais un gros auto-satisfecit car pour tout dire je n'y crois guère. Parlons simplement : cela ressemble à un épisode fictionnalisé de l'excellente série Palettes (ça se dit pas fictionnalisé, c'est ça que vous êtes en train de me dire par milliers, n'est-ce pas?). Une très bonne introduction, en tout cas, à la peinture flamande et à la technique de Bruegel, son inspiration, ses lumières et ses personnages.
J'ai adoré, mais je trouve dommage que le parallèle avec la passion du Christ soit mené jusqu'au bout, bien au-delà de "l'instant" pictural. Tout ça pour une bonne image de tempête et le beau visage de Charlotte Rampling toute triste pour son Fils... Cela ne s'imposait pas.
A la fin, une ronde humaine se forme, Bruegel tourne la tête et nous voilà en route pour le tableau suivant. Même seul dans le cinéma, je signe tout de suite pour Bruegel 2.

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21 décembre 2011

"A dangerous method". Enfin, dangereuse...

Un message bien triste ce soir. Je suis allé voir A dangerous method, de David Cronenberg. La dangereuse méthode en question, c'est celle utilisé par le célèbre docteur Jung pour soigner sa patiente masochiste. Un titre assez frontal. Le film n'est d'ailleurs pas beaucoup plus fin. A l'arrivée, j'ai bien compris que tout cela était censé dangereux, mais je vous avoue que cela reste quand même pour moi assez théorique : j'ai eu comme l'impression de voir des comédiens faire de maigres efforts pathétiques pour avoir l'air d'être en train de se noyer dans un verre vide. 

Il faut admettre que Cronenberg ne fait pas dans la dentelle, mais avec un bon clou et un bon marteau il assène quand même souvent des films formidables. Parfois, c'est grotesque. En l'occurrence, c'est très emmerdant. A tel point que je ne sais quoi vous racontez de marrant sur ce truc. Jung et Freud deviennent amis et puis se fâchent, Jung se tape (et tape) sa patiente et puis regrette, et nous on s'en tape, et puis on s'en tape. Si on ne connait pas trop l'histoire de Jung et Freud, comme moi d'ailleurs, on peut à la limite sortir de là en ayant l'impression d'avoir lu un article Wikipedia (un peu) mis en fiction. J'ai dit lu, pas voir, car c'est là le plus surprenant : rien d'intéressant à se mettre sous les yeux. Même quand la mignonne Keira Knightley se fait fouetter le derrière par Jung-Michael Fassbender, le type qui décidément à la chic pour avoir la shame, ben... on ne voit rien, enfin rien d'intéressant. Visiblement, David C. a du estimé une fois arrivé sur le lieu de tournage qu'il n'y avait décidément rien à tirer de ces histoires de psychanalystes à la con, et que du coup il valait mieux faire fissa. Exemple : Vincent Cassel apparait cinq minutes en médecin obsédé du cul et nous assène trois fois la même thèse en trois minutes, à savoir "il faut assouvir ses pulsions, sinon ca reste en dedans et c'est pas bon pour la santé"... Bon programme ! Du sexe, du sang, de la controverse ! Et bien cela nous donne tout juste le plaisir de voir la moitié des nichons de la jardinière pendant 5 secondes. Rien, je vous dis.

Ah si : Vigo Mortensen interprète un Freud particulièrement bien coiffé et à la barbe impeccable. Et même si c'est à peu près tout ce qu'on peut retenir de sa prestation, il fume le cigare avec une telle classe... Mon Dieu, mon inconscient m'a échappé un instant, excusez-moi. Pour le reste, on aura bien compris que Freud était juif et se méfiait des aryens, on prend quand même la peine de nous le répéter deux fois. D'ailleurs, les divergences théoriques (sans doute essentielles, quoique...) entre Sigmund et Carl Gustav font également l'objet d'au moins trois dialogues assommants. Et surtout ils passent leur temps à se raconter leurs rêves, pendant que nous... on les regarde se raconter leurs rêves.

Peut-être Cronenberg veut-il nous faire comprendre que ces gens étaient très coincés et que parler de sexe tout le temps leur donnait plutôt envie de fumer sur le canapé en bavardant ou en lisant le journal ? Si ce truc avait été diffusé sur France 2 un mercredi soir, avec des comédiens bien de chez nous, gageons que vous l'auriez pris en toute bonne foi pour une fiction télévisée à but éducatif sur l'histoire de la psychanalyse. En tout cas, pas besoin d'un grand écran et de convoquer les acteurs les plus sexy d'Hollywood pour faire ça. Voilà, c'est en homme déçu et bien sûr névrosé que je conclus ce compte-rendu par le point qui va suivre, maintenant, en gras.

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16 décembre 2011

Allez voir "Hugo Cabret" mais dites à Dickens de me lâcher

Qui s'est cogné Hhhharry Paauuder (un truc comme ça?), Les choristes ou Le petit Nicolas connaît cette vérité essentielle : les enfants au cinéma, ça n'augure en général que des ennuis. Et puis, à la vision douze fois répétée de la bande-annonce de Hugo Cabret (au moins, pas de problème de prononciation), j'ai décidément eu peur que le vieux Martin, pauvre misère, ne se soit laissé tenter par l'envie de faire son Henri Poté à lui. En plus, ça avait l'air de se passer sous la neige et d'empester l'Esprit de Noël (la date de sortie, ça trompe pas, je suis un malin, moi). Barre-toi Dickens, fous-moi la paix. C'est donc avec l'humeur du vieux Scrooge que j'ai forcé les portes de la salle. D'autant plus Scrooge que pour cela il avait fallu me délester de 2 euros supplémentaires pour louer ces putains de lunettes 3D déjà souillées par la sueur de quelques spectateurs.

Ô magie du cinéma, mon coeur de Scrooge se radoucit bien vite : la séquence initiale - une plongée dans les entrailles d'une gare, moitié gare du Nord, moitié gare de Lyon, 100 % superbe - vaut à elle seule le prix d'entrée. Quant aux deux euros de la 3D, ils sont remboursés avec une seule image, deux heures plus tard : la fameuse Lune éborgnée de Méliès en relief ! Entretemps, la légendaire caméra virevoltante du maître de New York cuisine un met de réveillon aux petits oignons, jusqu'à le saupoudrer d'une grandiose reconstitution de la fabrication des films de Georges Méliès, que Scorsese a du particulièrement apprécié puisqu'il s'incarne lui-même en photographe de la Belle époque. J'ai souvent trouvé le procédé décevant, mais en l'occurrence la 3D fait vraiment lever la pâte. Bon, maintenant, stoppons là la métaphore culinaire, ça va comme ça. D'autant plus que le film est surtout une extraordinaire leçon sur l'ingénierie, tant Scorsese prend plaisir à filmer à filmer des milliers de rouages bien huilés et à nous montrer comment on leur donne une âme. Si j'avais eu 8 ans à la vision de Hugo, j'aurais peut-être voulu devenir horloger : quand ce qui n'est a priori que vile mécanique se met en branle, c'est juste un plaisir pour les yeux. Évidemment, c'est là tout le ressor(t) - hey, z'avez compris l'astuce? - de ce brillant hommage au cinéma : pas besoin de rêver d'une tornade, pas besoin d'inventer un ticket magique béni par un vieux barbu ni de prendre un train conduit par un sorcier pervers pour pénétrer au pays des Rêves puisqu'il suffit de savoir la fabriquer soi-même. La mécanique inerte prend vie grâce au talent des magiciens - mécaniciens, inventeurs, prestidigitateurs, dessinateurs, acteurs et, bien sûr, réalisateur. La fable de Scorsese est d'autant plus forte et magique qu'elle repose sur des bases bien matérialistes et ne bascule jamais dans le conte de fées. Elle donne même une formidable noblesse à l'expression "usine à rêves", que lui-même n'a jamais du mépriser, d'ailleurs. Le film a aussi le mérite de nous montrer dans son final quelques extraits bien mérités des films de Méliès, et franchement j'aurais jamais cru que ça me fascinerait autant.
Je vous épargne tous les clins d'oeil aux réalisateurs et aux vedettes des années du cinéma muet, y en a moult, certains sont directs mais on les saisit sans doute pas tous. Ils sont en tout cas très émouvants et jamais envahissants. Pas plus que les deux enfants d'ailleurs, qui jouent même très bien (comme quoi...). Ben "Mahatma" Kingsley en Méliès, c'est bien vu, et Sacha Baron "Borat" Cohen en flic de gare, c'est beau et drôle.

Et voilà pourquoi je suis ressorti de la salle toujours aussi Scrooge, mais en Scrooge qui aurait reçu la visite des Esprits de Noël. Avec l'envie de vous souhaiter dès maintenant, les larmes aux yeux et le bonheur au coeur, un très très très très joyeux Noël. Dont acte, j'espère quand même me réveiller demain matin l'esprit un peu plus sain d'esprit, avec l'envie raisonnable et légitime de baffer les mioches de Mary Poppins, d'étrangler haut et court Harry Potence, de brûler des sapins, Julie Andrews et toute la famille Von Trapp. Barre-toi Dickens.

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13 décembre 2011

Assez rigolé, retour au cinéma expérimental avec "Les Lyonnais"

Je pensais vous entretenir de L'art d'aimer, qui avait l'air assez sympa. Mais la séance a disparu sans que je sache trop pourquoi. Il était écrit que je ne passerais pas cette semaine dans la légèreté. J'ai opté pour du très solide avec Les Lyonnais.
Encensé par la critique - à l'exception peut-être de quelques centaines de pisse-froid - ce film atteint pratiquement les sommets de L'immortel (par Richard Berry), que j'avais brièvement évoqué l'année dernière. Cela fait du bien de voir des bons films pas pour les gonzesses qui peuvent pas comprendre de toute façon, putain. Du cinéma rafraîchissant qui innove sans cesse. Olivier Marchal avait remarqué que les Gitans ne possédaient pas encore leur Grand Pardon : c'est chose faite. Ils portent la croix bien en évidence sur la poitrine, comme les Italiens, mais enlèvent quand même un ou deux boutons supplémentaires de leurs chemises pour bien marquer leur spécificité. Si le film commence bien par une fête de baptème (on ne peut pas innover tout le temps), ils chantent des chansons complètement nazes pour bien enfoncer le clou au niveau de la spécificité. Surtout, la vraie différence se fait au niveau de la culture : eux, ils ne balancent pas. Faut pas confondre.
C'est bien la première fois, à ma connaissance en tout cas - on m'a peut-être mal renseigné-, qu'un film ose enfin évoquer la différence entre les vrais voyous à l'ancienne, qui ne balancent pas et ne tuent pas les flics de sang-froid, et les petites merdes de maintenant (et d'hier, mais je ne dirai rien), qui donnent leurs collègues et frappent les dames. Ce n'est pas moi qui oserai balancer le scénario d'un film pour quelques avantages de toute nature, mais enfin sachez que les vrais traîtres dans l'histoire ne sont pas des Gitans. Je ne vous ai rien dit. Momo est donc Gitan et voyou de haute volée (Gérard Lanvin : tout est dit), fidèle en amitié (trop? Ha ha, comptez pas sur moi...), surtout fidèle à son vieux pote Serge (Tchéky Karyo, oui mes amis, c'est le duo gagnant) qui se retrouve en cabane et, de plus, menacé de mort par cet enculé de Zeitoun, de Bitoun ou de Zerbib, je ne sais plus trop. Le plus top dans l'affaire sont les dialogues très habiles qui donnent le ton du film : "T'as un message à faire passer? - Pourquoi, t'es facteur?"; "Un voyou en sommeil, ça reste un voyou"; "C'est moche de vieillir, Christo, t'as pu les réflexes - Il m'en reste assez pour baiser ta mère, fils de pute" ; "Si t'as plus les couilles, on le fait pour toi"; "Tu connais la règle, Larbi (Nordine? Zorba? Je sais plus), une vie contre une vie" ; "Vendez de la drogue si vous voulez, moi je touche pas à cette merde" ; "Zarma (Zelig? Voltaire?) c'est de la petite bière pour moi, il y a quelqu'un d'autre qui tire les ficelles"; "Moi, quand je me fais enculer, j'aime bien jouir, alors...", ha zut, j'ai oublié la fin de celle-la. Etc., etc.
De plus, il y a des flashbacks très nombreux (pour les non moins nombreux amateurs de flashback) et super bien foutus, avec des couleurs qui correspondent à l'époque. Par exemple, Serge et Momo à l'école, c'est en presque noir et blanc (une nouvelle couleur, j'ai pas reconnu), et les braquos du gang des Lyonnais, c'est en moche, enfin genre en "vintage". Le cinéaste ne recule pas devant l'évocation historique des méfaits du fameux SAC gaulliste et décrit avec beaucoup de doigté les rapports ambiguës entre grands flics et grands voyous. La musique est fort agréable et intervient toujours au bon moment, de même que les ralentis. Parfois, il y a des images au ralenti sans dialogues mais avec de la musique, et c'est très émouvant, comme lorsque les condés arrachent à Momo la femme qu'il vient d'épouser en prison pour la ramener en prison. Le scénario tient drôlement bien les rails - c'est pas Space Mountain, il faut dire - mais au final je pense que vous serez assez surpris par la mort du chien de Momo, que celui-ci retrouve pendu dans son jardin, et surtout par la fin, quand Momo finit par donner Serge, qui lui-même l'avait donné bien des années avant, alors que Momo pensait que c'était le Grec. Momo donne un pistolet à Serge et lui dit : "Ça fait  35 ans que tu vis comme une balance, tâche au moins de finir comme le grand voyou que tu as été." Évidemment, je ne vous ai rien dit. Courrez voir Les Lyonnais avant que je vous raconte comment Serge il bute Dino (Rocco? Silvio? Carlo?) qui a frappé sa fille !

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11 décembre 2011

"Time out", comme son nom l'indique, c'est du temps perdu

Yo. Nous sommes dimanche. J'ai donc cédé à la tentation d'aller voir un film dit "du dimanche soir", en l’occurrence : Time out. Chose curieuse : le titre original du film est In time. Je m'interroge sur l'intérêt de cette modification au profit d'un autre titre anglais qui me paraît par ailleurs beaucoup plus obscur. Si quelqu'un a une idée à ce sujet, merci d'éclairer ma lanterne. L'idée de base du film est passionnante : en gros, le temps de vie à remplacer l'argent. Les gênes humains on été programmés pour que le vieillissement s'arrête à 25 ans, ce qui nous vaut certaines scènes savoureuses et facilite considérablement les problèmes de casting. Au-delà de 25 ans, le temps de vie est versé en salaire et sert de monnaie d'échange (un café vaut quatre minutes, par exemple). La fable est assez claire : comme dans le monde actuel, le monde se divise en deux catégories, les riches qui sont quasi-immortels et les pauvres qui vivent au jour le jour et se font évidemment ratiboisés dès qu'ils disposent d'une semaine de réserve. Il serait donc judicieux de pratiquer la redistribution, mais bon que voulez-vous, c'est compliqué. Le temps de vie s'inscrit sur le bras et  la conséquence de l'extrême pauvreté est la mort : l'inégalité et le contrôle sont très très très accentués, mais comme personne n'a le temps de se révolter... Sur le papier, c'est donc passionnant, comme Bienvenue à Gattaca du même Andrew Nicol. Et cela se suit sans ennui. A condition toutefois d'éviter de réfléchir sérieusement deux minutes à ce que l'on voit, car en fait dans le détail ça ne va pas, mais alors pas du tout. Passons sur les clichés inhérents au genre. Le grand flic du temps, du genre poker face laconique et incorruptible, est affligé d'un grand imperméable noir (il ne peut pas l'enlever, il dort avec, c'est dans le contrat de l'acteur) et ses adjoints portent des costumes noirs car ils sont touchés par un virus appelé "Matrix". Seule concession : on évite les lunettes de soleil, à un tel point d'ailleurs que cela doit être volontaire. Plus globalement, la création de cet univers d'anticipation est très cheap, on dirait qu'elle a été conçue au XIXe siècle. Un seul exemple : il faut attendre au moins une demi-heure pour voir quelqu'un se servir d'un téléphone, qui se trouve être... une cabine téléphonique. Faire un film d'anticipation dans lequel les moyens de communication les plus actuels ne sont pas du tout présents, c'est un parti-pris osé, mais pas très hyperpertinent. Comme dans Inception, la grande ville du futur est un entassement de buildings lisses et froids, alors même que le casino pour super-riches sort tout droit d'un James Bond. Et on nous inflige en sus un dialogue tout fait sur le "darwinisme social" (l'expression est cité), alors même que depuis cinquante ans des savants passent leurs temps à tenter de dédouaner le pauvre Darwin de ce genre de niaiserie. Au bout d'un moment, le film se transforme en une sorte de Bonnie and Robin des Bois sans intérêt. Enfin, les scènes d'action sont ennuyeuses, voire mal fichues, avec en particulier un accident de décapotable absolument grotesque : l'équivalent des retouches sur Photoshop des bourrelets de Sarkozy. Bref, comme vous êtes des gens intelligents, je vous conseille d'éviter Time out, sauf pour réfléchir à ce qu'il aurait pu être. Ce qui nous ramène encore une fois au destin de Jean Poperen.

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10 décembre 2011

Après la honte, le carnage

 Je ne vais voir que des films aux titres négatifs, les autres me dégoûtent. La vie n'est pas une prairie tranquille où l'on déguste en prenant son temps un bon Caprice des dieux. Voilà, c'est ma philosophie du jour. J'ai été voir Carnage de Polanski, d'après Yasmina Reza. Deux couples se rencontrent pour évoquer une bagarre entre leurs fils et régler le conflit. Tout oppose les deux couples, mais au début, ils sont très polis. Et puis après, attention, les masques tombent et les personnalités se révèlent... et alors là surprise, en fait personne ne peut se piffrer et les alliances se font et se défont au gré des conversations et des événements, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, et puis non finalement... Bref, le récit est jalonné de surprises exaltantes, comme  vous pouvez le constater. Le film ne dure qu'1h20 : tant mieux. Car honnêtement, la virtuosité, les bons acteurs (bemol sur Jodie Foster sur ce film, à mon humble avis) et les dialogues pif, paf, boum ciselés, c'est bien, cela fait passer (le plus souvent) un agréable moment, mais personnellement je me suis demander bien vite quel était l'intérêt profond de ce huis-clos, en dehors de quelques caricatures lourdes mais bien senties (l'avocat workaholic et cynique suspendu à son portable, notamment). L'origine théâtrale du film est très visible, et sur scène cela peut valoir le coup, mais le côté artificiel des situations ne passe pas du tout le cap du cinéma, où le hors champ occupe en général une place essentielle qu'il s'agit de faire oublier, ou du moins il faudrait donner une bonne raison de l'oublier. Or là, je ne vois pas pourquoi ces gens tiennent tant à passer une sale journée ensemble alors que l'ascenseur leur tend les bras. Je ne comprends pas trop, pour tout dire, l'enthousiasme que suscite ce Polanski très moyen. En tout cas il m'a mis de mauvais poil. Pas de Caprice des dieux ce soir. Je vais plutôt me repasser l'enregistrement du discours de Jean Poperen à la Mutualité (celui d'octobre 1979, irrésistible).

Yannick

PS: oui, j'entends certains discours du type "c'est quand même bête qu'il soit si moche ton blog". Mais j'ai du mal à faire le SR quand je suis pas payé pour, en fait.

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08 décembre 2011

De retour. J'espère pas trop me taper la Shame avec ce qui suit

Devant l'afflux des non-demandes, j'ai décidé de reprendre ce blog. Et pour fêter ça, je vais parler ciné, cela me changera un peu. J'ai été voir Shame tout récemment. Petit conseil pratique : le film est à vous dégoûter du sexe, y aller en couple ne ferait qu'ajouter à votre désarroi et vous priverait de toute activité ce ce type pendant une durée indéterminée. En effet, Brandon est un obsédé sexuel qui se branle au boulot, mate des films pornos, se tape des putes. De fait, il est assez associable, et il y a de quoi: c'est vraiment la super shame on him. La vie d'un tel tocard ordinaire (toi, peut-être, polission ou polissonne qui me lit) pourrait nous être raconté par les frères Dardenne d'une manière un peu différente, mais ici nous sommes à New York et le réalisateur est Steve McQueen, non pas l'acteur revenu des Enfers, mais le réalisateur du déjà fort dérangeant Hunger. Du coup, Brandon est un beau mec qui a un bon boulot, un bel appart', un regard d'acier, ce qui lui permet de s'envoyer parfois en l'air avec des jolies filles qu'il séduit sans trop parler (facile) et ce qui arrange bien le réalisateur susnommé au niveau de l'esthétique général du film (superbe, évidemment, c'est New York et on suit les traces du petit-fils de Don Draper). Mais nous spectateurs savons bien qui est Brandon... Quand sa soeur chanteuse débarque dans son appart', il est absolument odieux avec elle, comme d'ailleurs il est infect (ou éjaculateur précoce) avec toutes celles qui pourraient le pousser à une relation sérieuse ou simplement non tarifée. Il est un peu pote avec son connard de patron... mais après tout on sent bien que c'est aussi une sorte de relation tarifée. Bref, il veut être seul dans sa honte et restera presque un mystère pour nous. Les américains sont très fort pour nous faire vibrer avec des personnages qui ne veulent rien laisser paraître. McQueen dresse moins le portrait d'un pervers que celui d'un malade qui ne parvient à se soigner, et sa virtuosité filmique rend la descente aux enfers de ce branleur (il arrête pas, je vous jure) tout à fait fascinante.  Après que notre petit coquin eut subi un bon électrochoc (je raconte pas, je raconte pas), les séquences finales laissent présager, comme dans Eyes Wide Shut,  un espoir de rédemption... ou pas. Remarquable, mais remuant (cf le conseil pratique du début de l'article, c'est à dire le seul passage que tout le monde aura lu). Comme dirait le grand Michel, nous sommes vraiment là dans les coulisses morbides des villes de grande solitude.

A bientôt, les amis. 

PS: dans un mois presque jour pour jour, c'est l'anniversaire de la naissance de feu notre maître Jean Poperen, j'espère que nous pourrons nous réunir à cette occasion pour célébrer sa mémoire et boire le verre de l'amitié.

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29 septembre 2010

JUILLET 2010 AU CINEMA : FRANCE Vs ANGLETERRE

Bon, ça s’étale cette rétro, alors avançons, avançons. Juillet se résuma à un match France-Angleterre : trois films chacun. On commence par Tournée, de et avec Mathieu Amalric (formidable). Un ex-producteur à succès revient en France avec un spectacle de striptease très original et le film raconte l’odyssée de ce magnifique personnage d’égocentrique et de ces stripteaseuses aux personnalités et aux physiques variés : un joyeux bordel hyper fun. Le dévoilement des nerfs débouche parfois sur l’hystérie, et l’hystérie ça peut être fatiguant. En l’occurrence cela ne l’est pas trop, et même on en redemande. Après un récit ambulant et sans ficelles apparentes, un huis-clos « à dispositif » : La disparition d’Alice Creed, film britannique (donc : superbes comédiens) qui raconte l’enlèvement d’une gosse de riche appelée Alice Creed (si,si) par deux types évidemment motivés par la rançon. c’est assez haletant et bien ficelé, mais justement un peu trop ficelé, tant les renversements de situations abondent sans qu’on sache bien jusqu’où le feuilleton peut aller La partie huis-clos est assez bonne, une fois que l’on s’échappe de la pièce capitonnée on a quand même hâte que ça se termine. L’illusionniste de Sylvain Chomet (Les triplettes de Belleville) ressuscite un scénario de Jacques Tati, et Mr Hulot lui-même, en dessin animé (dans le genre des Triplettes, donc…). La poésie, l’humanité et surtout l’humour fonctionnent nettement moins bien que dans les films du grand Jacques, j’avoue avoir surtout éprouvé un certain ennui devant ce qui est avant tout un hommage compassé (c’est le terme qui convient, et ça ne colle pas avec Tati) à un créateur et à un monde disparus. Après quoi un peu d’action ne fait pas de mal : Carlos d’Assayas procure de ce point de vue pas mal d’émotions, surtout dans sa première partie : la reconstitution  de la prise d’otages des représentants de l’OPEP à Vienne est carrément impressionnante. Par la suite, Assayas rencontre un peu le même problème que des « biopics » récents comme Mesrine ou Gainsbourg , à savoir que plus on se rapproche d’une époque récente et plus cela devient confus. Ce qui parait logique : à un moment donné ces trois vedettes sont plus ou moins « bloqués » (Mesrine et Carlos sont surveillés et ne font plus ce qu’ils veulent ; Gainsbourg est enfermé dans le personnage qu’il s’est crée ; concernant Gainsbarre et Mesrine, leurs actes les plus récents sont trop bien connus du grand public).  En l’occurrence, la situation de Carlos à partir des années 80 est tellement compliqué (il est protégé par tel pays, puis par un autre, etc.) et les changements de situation tellement rapides qu’on a l’impression que le film s’accélère artificiellement parce que les événements sont trop difficiles à développer. Je n’ai pas vu la série tiré du même tournage, mais il est possible que la première partie du film soit très bien adapté au cinéma et que la deuxième partie corresponde beaucoup mieux au format de la série télévisuelle. Mais n’ergotons pas : c’est quand même passionnant. Petits meutres à l’anglaise s’appellent Wild Target dans son pays d’origine…pour surfer sur la vague de Petits meurtres entre amis, qui date quand même de 15 ans. Comme c’est anglais, les comédiens sont excellents. Un tueur professionnel (le meilleur, of course) dit tuer une fille, mais ça s’avère plus compliqué que prévu. C’est pas compliqué, un poil attendu mais très amusant. Pour finir un mois de juillet décidément très anglais, Tamara Drewe, de Stephen Frears, une comédie dans laquelle - devinez quoi ?- les comédiens sont excellents. Cela se déroule dans un village anglais, entre une fille du cru de retour après une opération de chirurgie plastique, un gars du coin amoureux de la précédente, deux ados du coin qui feraient tout pour s’emmerder un peu moins, des écrivains, une star du rock, une femme d’écrivain frustrée, etc. Sur le mode de la caricature (d’où l’importance de bons comédiens pour rendre un peu crédible les personnages), Frears réalise un film léger mais pour le coup franchement drôle. Lorsque le film tente de sortir de l’humour pur, on s’aperçoit  malgré tout du caractère artificiel de l'ensemble. Les trois films britanniques que j’ai pu voir en juillet souffrent d’ailleurs de la lourdeur d’un dispositif très cadré et très scénarisé, ce qui évite les grandes catastrophes (c’est ce qu’on appelle de la bonne production) mais ne procure pas d’émotions particulières. Prime donc à la France, malgré L’illusionniste dont la production est de toute façon à moitié britannique...

1- Tournée

2- Carlos

3- Tamara Drewe

4- La disparition d’Alice Creed

5- Petits meurtres à l’anglaise

6- L’illusionniste

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21 septembre 2010

Rétro ciné - MAI-JUIN

Je n’ai pas été beaucoup au cinéma en mai et juin, ratant ainsi quelques films sympathiques, parait-il, comme Mammuth par exemple, à moins que l’on puisse considérer que la vision ad nauseam d’une bande-annonce constitue quelque part une raison suffisante pour en parler. Je peux donc vous dire de source sûre que Depardieu joue dans le film et qu’on le voit rouler en moto. Tout à mon snobisme, j’ai préféré me jeter sur un film à la diffusion assez confidentielle, Ames en stocks, qui valait le détour, surtout pour sa première partie. Le sujet : un acteur célèbre - Paul Giamatti dans son propre rôle, ce qui vous fait une belle jambe, non ? pour vous aider, taper giamatti sur Google et constater comme moi que vous l’avez déjà vu dans quantité de film sans savoir qu’il s’appelait Giamatti- un acteur célèbre donc, paniqué par son prochain rôle (Oncle Vania de Tchekov…pfff, paniquer pour ça, franchement…), décide de faire appel à une entreprise un peu particulière qui vous propose d’échanger votre âme contre celle de quelqu’un d’autre…Paul s’aperçoit donc après l’extraction que son âme a l’apparence d’un pois chiche (vraiment l’apparence d’un pois chiche). S’en suit plein de péripéties à la fois rigolotes et glaçantes, on s’aperçoit entre autres qu’il existe un trafic d’âmes, avec donneurs rémunérés et « mules » globe-trotteuses, entre Moscou et New York. Très bonne première parte, je l’ai déjà dit, qui correspond à la découverte progressive d’un monde parallèle assez flippant. La deuxième partie du film sombre un peu trop dans la course-poursuite et le cas de conscience facile (car évidemment cet acteur franchement casse-burnes veut retrouver son donneur et récupérer son âme…). Il y avait pourtant un sujet surréaliste excellent (inspiré par Woody Allen, parait-il), et du coup on se retrouve un peu dans la situation d’un homme traversant un superbe pont en or pour s’apercevoir qu’il mène seulement à un petit village aux volets fermés, sans épicerie ni vendeurs de journaux (je déteste les villages sans vendeurs de journaux, et j’espère que vous gouterez cette touche autobiographique qui rend cette chronique si passionnante). Bref c’est en partie raté, peut-être parce que le film semble surtout s’intéresser aux tourments intérieurs de l’artiste …ce qui me paraît un peu vain et pénible à côté des possibilités incroyables qu’offrent un monde dans lequel une telle entreprise existe…Bref, l’univers est riche mais l’histoire de cet homme l’est moins. Dommage, mais à voir quand même. Beaucoup mieux, voire passionnant, Dans ses yeux de Juan Campanella, le fameux film argentin vainqueur de l’Oscar du meilleur film étranger l’année dernière. Très bon polar ayant pour héros des magistrats de Buenos Aires dans le contexte de la fin de la dictature argentine, une histoire d’obsession, de frustration, de patience et de ténacité, avec un acteur principal absolument remarquable qui s’appelle Ricardo Darin et que vous avez peut-être vu dans un autre bon film argentin qui s’appelle Les neuf reines (diffusé il y a quelques jours sur Arte). Il n’est pas le seul à être excellent, car ce sont surtout les personnages et leur incarnation qui font la force de ce film que l’accumulation de situations romanesques aurait pu rendre un peu indigeste. Le récit et les situations vous emportent du début à la fin et vous attendrez même avec angoisse la résolution finale de l’intrigue, dont je ne vous parlerai pas du tout pour ne pas vous gâcher le plaisir (et parce que c’est beaucoup trop compliqué pour moi). J’espère que vous le verrez et que vous me parlerez notamment d’une très belle plongée de caméra dans les gradins d’un stade de foot…

Après avoir dit tout le plaisir que m’avait procuré ce film, comment évoquer le brutal retour sur terre que constitua la vision de Robin des Bois de Ridley Scott (avec Russel Crowe) ? Pour moi ce fut même un crash sans parachute, mais cela dit j’avais déjà trouvé Gladiator (avec les mêmes duettistes) très très pénible…pardon, très très très pénible…et à l’époque je me retrouvais déjà en contradiction avec la plupart de mes contemporains. Je ne sais pas ce que mes contemporains et les critiques de cinéma sérieux ont pu dire de Robin des Bois ; il est possible qu’ils en aient dit du bien…auquel cas je devrais juste avouer mon incompréhension devant ce genre de cinéma. Si on ne retient des deux films que les scènes de bataille initiales, effectivement il y a de quoi être impressionné. Mais au point d'oublier ce qui suit…Cela dit, restons positifs, on évite le coup de la flèche qui part au ralenti et du même coup le clip de Bryan Adams. Mais la bataille finale dure trois plombes et n’est elle-même pas avare de tranchages de gigots et d’épaules filmés au ralenti (et les cccriiiisss tttttrrrrrèèèèèèss lleeennnnnntttsss quuuuuiiii voooonnnnnt aaaaaavveeeeeccc, nnnnnoooooooonnnnnnn aaaaaaaaaaarrrrgggggghhhhh : c’est à peine moins grotesque que dans Invictus…) De la merde, on vous dit…Pas vraiment la même ambiance dans le film de Kiarostami Copie conforme, avec Juliette Binoche récompensée à Cannes pour l’occasion, ce que l’on peut comprendre. Un film d’artiste - à savoir une réflexion sur l’art (la copie, l’original…), sur l’amour qui va qui vient, sur le couple, sur le jeu (est-ce qu’ils se connaissaient avant ? est-ce qu’ils jouent ?) - qui a les qualités et les limites du film d’artiste ; c’est très brillant, très intelligent, superbement réalisé et interprété, mais à partir du moment où on ne s’intéresse pas trop au destin et aux préoccupations de ces deux personnages, au fait de savoir si ils vont se remettre ensemble, et si la copie elle serait pas aussi bien que l’original après tout, et si l’art ceci, cela, je veux dire si vraiment toutes ces interrogations sur l’art, l’amour, le couple, l’infidélité, l’incommunication, Dieu et ses sœurs, bref si vous trouvez que tout cela ressemble à du découpage d’aile de mouche pour bourgeois lettrés, et bien je dois dire qu’il y aurait quand même de quoi s’ennuyer au bout d’un moment. Pour tout dire, ça manque un peu d’émotion, malgré les méritoires efforts de Binoche pour la provoquer. Cela dit, pas de confusion : cela vaut tous les Robins des bois du monde et j’en conseille vivement la vision (beaucoup de v comme valise dans cette vilaine vhrase, n’est-ve pas ?), ne serait-ce que pour découvrir quelques merveilles de Toscane, entendre beaucoup de propos intelligents, et surtout se dire à la fin : « Oui, mais alors, attends…à la fin…enfin, je veux dire…ils jouent au couple qui se retrouve ou bien… ? » Parce que la copie est conforme, je vous le rappelle…A la fin du mois, j’ai vu Les petits ruisseaux avec Daniel Prévost, un film dont on a dit qu’il était sympathique, attendrissant, assez original (quoique à force de traiter la sexualité et la « deuxième vie» des retraités comme un sujet original, à la fin fatalement…), assez juste et assez drôle. Et bien tout cela est vrai, sans qu’il y en ait beaucoup plus à en dire. Cela dit, j’ai aussi vu pratiquement en même temps Les moissons du ciel de Terence Malick (chef d’œuvre, évidemment) à l’occasion de son opportune ressortie dans certaines salles…du coup, Les petits ruisseaux, je vous avoue…

Classement du mois (c’est pénible, je le referai pas l’année prochaine)

1- Dans ses yeux

2- Copie conforme

3- Ames en stocks

4- Les petits ruisseaux

15 - Robins de bois

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09 septembre 2010

Avril 2010 au cinoche : entre bons films et gros navets, pas trop se découvrir...

En premier lieu petite mise au point suite aux nombreuses remarques très pertinentes que m’ont faites les nombreux visiteurs réguliers de ce blog…pardon,je ne sais pas bluffer : suite à une remarque très intéressante que m’a faite une visiteuse régulière de ce blog…cette visiteuse m’a dit : « Hein? "Moyen", Blanc comme neige ? Tu déconnes, j’ai payé 10 euros pour cette sombre merde, j’étais dégoutée. » Oui, je vous jure elle m’a dit ça comme ça. C’est affreux comme vocabulaire, non ? Tout juste si elle n’a pas rajouté « zerma ». J’étais choqué, je vous jure, comme vous l’êtes probablement en ce moment.  « Ma chérie, reprends-toi ! » lui dis-je. Mais bon après tout peu importe, sur le fond la remarque m’a quand même interpellé. Il est vrai que le cinéma est un loisir qui commence à coûter fort cher à la plupart des spectateurs occasionnels et de fait ces spectateurs attendent beaucoup d’un spectacle qui coûte 10 euros... Or le fait de posséder une carte illimitée change franchement le point de vue sur les films. La question que je me pose, car du coup vous vous doutez bien que je m’en pose des questions : aurais-je été aussi tolérant avec Blanc comme neige et quelques autres films évoqués ici si j’avais du payer 10 euros pour aller les voir ? Je crois bien que non, mais est-ce que cela me rendrait plus juste dans mes estimations ? Bah j’en sais rien, d’où finalement l’inutilité de la question initiale. « He ben t’as qu’à avoir une carte illimitée, ma grande. » lui rétorquais-je finement. Quel plaisir de pouvoir éventuellement revoir un film presque gratuitement, ou bien partir avant la fin sans se dire « j’ai payé, je reste au moins pour voir la fin »… Ce qui ne m’est arrivé qu’une seule fois, à vrai dire : si les gens ont vu la fin de Death Sentence, avec Kevin Bacon, vous pouvez me la raconter, ou simplement éviter de vous vanter d’être resté jusqu’au bout de cette sombre merde.

Premier film vu en avril, Les invités de mon père…Un père retraité veuf qui épouse pour rendre service une jeune mère russe très jolie et très intéressée retombe en adolescence sous les yeux ébahis de ses enfants…Lucchini, Karin Viard, Michel Aumont, du bon…pour nous replonger dans le débat du paragraphe précédent, voilà typiquement le genre de film « un peu » qui de toute évidence fera tiquer les payeurs à plein tarif : un peu bien vu, un peu maladroit. Je me souviens de bonnes situations et de dialogues assez savoureux mais d’un film visuellement sans intérêt (une fois qu’on a vu la jeune mère russe)et au sujet vite épuisé, autrement dit le genre « téléfilm ». Dommage… A regarder à la télévision un livre sur les genoux pour saisir les bonnes scènes. Après, je me suis infligé un truc affreux de Richard Berry, affreux mais imparable : L’immortel. Avec Richard Berry lui-même (petit rôle mais lunettes noires et gueule fermé de sociopathe, attention les amis il n’y a pas que Pacino dans la vie), Kad Merad (complètement dingue, maniaque et ambitieux, un vrai ouf, attention y a pas que Joe Pesci dans la vie) et Jean-Pierre Daroussin (qui garde toute notre tendresse, il était là pour rendre service et tourner à Marseille où il a ses habitudes, probablement). Un vrai film hypeeer violent avec des règlements de comptes entre truands marseillais qui se trahissent comme des hyènes parce que le milieu de nos jours ce n’est vraiment plus ce que c’était (dring dring: morale de l’histoire). Mais attention j’adresse un message à tout le monde : on s’en prend pas impunément à Charly Matteï (il fallait quand même que je vous retrouve le nom). Dans le rôle principal, Jean Reno (il est fort le salaud, dans tous les bons coups) remporte le titre envié de « meilleur bandit d’honneur corso-marseillais comme on en fait plus » de l’année. Il n’y a donc pas que les bandits ricains dans la vie, et Richard Berry tenait à nous le faire savoir avec la légèreté d’un tyrannosaure qui tente un revers slicé. C’est très réussi car on avait pas vu un truc pareil depuis Le grand Pardon 2 (le 1 restant au-dessus, Charly Matteï est fort, mais Roger Bettoun il pardonne pas). Ha, mais j’y pense : Richard Berry était déjà un peu dans le coup pour Le Grand pardon, non ? Bon bah voilà. Comprenne qui voudra, je pense à la marque de baskets « adadis » quand je vois ce genre de film, ou aux imitations du Bêbête Show. Voyez c’que je veux dire ? Non ? A gri gri gri gri gri, ha j’m’excussss…On tape dans le super mieux avec Tout ce qui brille, l’histoire de deux super copines qui habitent Puteaux mais qui louchent vers Paname, au risque de se rendre un peu ridicules et de voir leurs routes se séparer…rien d’original dans le sujet mais le traitement, les dialogues et les personnages sont franchement réjouissants. Drôle et sympathique tout le temps, très drôle par moment. Et si ca permet de relancer Véronique Sanson, écoutez…écoutez crac-crac ! Pardon, mais j'ai le générique du Bêbête show dans la tête…Le film le plus impressionnant du mois (de loin !) est israëlien : Ajami de Scandar Copti. Après Lebanon, voilà qui prouve qu’on peut malgré tout parler de sujets qui fâchent dans ce pays, car le film évoque le quartier arabe (en grande partie, mais le quartier est cosmopolite) de Jaffa, nommé Ajami, à travers trois ou quatre récits (un par religion en gros, avec en sus l’épopée d’un petit palestinien…) qui s’entremêlent chronologiquement et spatialement avec une grande habileté. Comme dans les meilleurs Spike Lee, le réalisateur appuie là où ça fait mal et dépeint les liens et les tensions entre communautés telles qu’ils sont, et dans mon souvenir c’est assez passionnant ; il s’inspire du Tarantino de Pulp Fiction et de Jackie Brown pour agrémenter le scénario de flashs back et de changements de point de vue, ce qui permet de maintenir la tension et le suspens sans que jamais le procédé (en passe de devenir un cliché...) ne paraisse artificiel. Bref, il s’inspire du meilleur du cinéma mondial tout en restant, et comment, sur son sujet et ses personnages (à ce propos, Je vous ai parlé du film de Richard Berry ?) Un film qui vaut vraiment le détour et largement plus de 10 euros. Après le sommet, la descente, mais descente très en douceur avec un film curieux, marginal et sympathique, ou sympathique parce que marginal, un film précisément sur deux marginaux (Julie Gayet et Denis Podalydes) qui se demandent bien ce qu’on leur veut à la fin, avec ses entretiens à la con, ses boulots stupides, ses obligations sociales sans queue ni tête...Ils se cherchent, pense que le monde n’est pas fait pour eux, finissent par vivre dans la forêt. C’est peut-être personnel, mais je trouve ce genre d’interrogations très sensées, par moment. Pour le coup voilà le « problème de l’exclusion » - selon une expression un tantinet rapide et clichetonnée, pardon- abordé de front et de manière bien élégante (l’humour…) et inattendue…Je vous ai pas dit le titre ? Huit fois debout. Je vous ai dit qu’on avait pas forcément quitter les hauteurs, ce coup-ci on chute dans les profondeurs ;car les faits sont là : j’ai été voir Camping 2 le 25 avril. Et voilà que je repense au Bêbête Show : Oufoufouuufffff,je me maaaarre. Heu,heu,heu,heu, salut c’est Kermitt, alors, il est où Paulo?Pfff…La carte illimitée, je vous la conseille pas, ça vous fait faire de ces trucs…Comme vous vous en doutez, c’était tellement super que par la suite j’ai déserté les salles pendant deux semaines. Ha grigrigriggrig, j’m’excusssse.

Classement du mois:
1)AJAMI
2) Huit fois debout et Tout ce qui brille
7) Les invités de mon père
119) L'immortel et Camping 2

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