21 septembre 2010

Rétro ciné - MAI-JUIN

Je n’ai pas été beaucoup au cinéma en mai et juin, ratant ainsi quelques films sympathiques, parait-il, comme Mammuth par exemple, à moins que l’on puisse considérer que la vision ad nauseam d’une bande-annonce constitue quelque part une raison suffisante pour en parler. Je peux donc vous dire de source sûre que Depardieu joue dans le film et qu’on le voit rouler en moto. Tout à mon snobisme, j’ai préféré me jeter sur un film à la diffusion assez confidentielle, Ames en stocks, qui valait le détour, surtout pour sa première partie. Le sujet : un acteur célèbre - Paul Giamatti dans son propre rôle, ce qui vous fait une belle jambe, non ? pour vous aider, taper giamatti sur Google et constater comme moi que vous l’avez déjà vu dans quantité de film sans savoir qu’il s’appelait Giamatti- un acteur célèbre donc, paniqué par son prochain rôle (Oncle Vania de Tchekov…pfff, paniquer pour ça, franchement…), décide de faire appel à une entreprise un peu particulière qui vous propose d’échanger votre âme contre celle de quelqu’un d’autre…Paul s’aperçoit donc après l’extraction que son âme a l’apparence d’un pois chiche (vraiment l’apparence d’un pois chiche). S’en suit plein de péripéties à la fois rigolotes et glaçantes, on s’aperçoit entre autres qu’il existe un trafic d’âmes, avec donneurs rémunérés et « mules » globe-trotteuses, entre Moscou et New York. Très bonne première parte, je l’ai déjà dit, qui correspond à la découverte progressive d’un monde parallèle assez flippant. La deuxième partie du film sombre un peu trop dans la course-poursuite et le cas de conscience facile (car évidemment cet acteur franchement casse-burnes veut retrouver son donneur et récupérer son âme…). Il y avait pourtant un sujet surréaliste excellent (inspiré par Woody Allen, parait-il), et du coup on se retrouve un peu dans la situation d’un homme traversant un superbe pont en or pour s’apercevoir qu’il mène seulement à un petit village aux volets fermés, sans épicerie ni vendeurs de journaux (je déteste les villages sans vendeurs de journaux, et j’espère que vous gouterez cette touche autobiographique qui rend cette chronique si passionnante). Bref c’est en partie raté, peut-être parce que le film semble surtout s’intéresser aux tourments intérieurs de l’artiste …ce qui me paraît un peu vain et pénible à côté des possibilités incroyables qu’offrent un monde dans lequel une telle entreprise existe…Bref, l’univers est riche mais l’histoire de cet homme l’est moins. Dommage, mais à voir quand même. Beaucoup mieux, voire passionnant, Dans ses yeux de Juan Campanella, le fameux film argentin vainqueur de l’Oscar du meilleur film étranger l’année dernière. Très bon polar ayant pour héros des magistrats de Buenos Aires dans le contexte de la fin de la dictature argentine, une histoire d’obsession, de frustration, de patience et de ténacité, avec un acteur principal absolument remarquable qui s’appelle Ricardo Darin et que vous avez peut-être vu dans un autre bon film argentin qui s’appelle Les neuf reines (diffusé il y a quelques jours sur Arte). Il n’est pas le seul à être excellent, car ce sont surtout les personnages et leur incarnation qui font la force de ce film que l’accumulation de situations romanesques aurait pu rendre un peu indigeste. Le récit et les situations vous emportent du début à la fin et vous attendrez même avec angoisse la résolution finale de l’intrigue, dont je ne vous parlerai pas du tout pour ne pas vous gâcher le plaisir (et parce que c’est beaucoup trop compliqué pour moi). J’espère que vous le verrez et que vous me parlerez notamment d’une très belle plongée de caméra dans les gradins d’un stade de foot…

Après avoir dit tout le plaisir que m’avait procuré ce film, comment évoquer le brutal retour sur terre que constitua la vision de Robin des Bois de Ridley Scott (avec Russel Crowe) ? Pour moi ce fut même un crash sans parachute, mais cela dit j’avais déjà trouvé Gladiator (avec les mêmes duettistes) très très pénible…pardon, très très très pénible…et à l’époque je me retrouvais déjà en contradiction avec la plupart de mes contemporains. Je ne sais pas ce que mes contemporains et les critiques de cinéma sérieux ont pu dire de Robin des Bois ; il est possible qu’ils en aient dit du bien…auquel cas je devrais juste avouer mon incompréhension devant ce genre de cinéma. Si on ne retient des deux films que les scènes de bataille initiales, effectivement il y a de quoi être impressionné. Mais au point d'oublier ce qui suit…Cela dit, restons positifs, on évite le coup de la flèche qui part au ralenti et du même coup le clip de Bryan Adams. Mais la bataille finale dure trois plombes et n’est elle-même pas avare de tranchages de gigots et d’épaules filmés au ralenti (et les cccriiiisss tttttrrrrrèèèèèèss lleeennnnnntttsss quuuuuiiii voooonnnnnt aaaaaavveeeeeccc, nnnnnoooooooonnnnnnn aaaaaaaaaaarrrrgggggghhhhh : c’est à peine moins grotesque que dans Invictus…) De la merde, on vous dit…Pas vraiment la même ambiance dans le film de Kiarostami Copie conforme, avec Juliette Binoche récompensée à Cannes pour l’occasion, ce que l’on peut comprendre. Un film d’artiste - à savoir une réflexion sur l’art (la copie, l’original…), sur l’amour qui va qui vient, sur le couple, sur le jeu (est-ce qu’ils se connaissaient avant ? est-ce qu’ils jouent ?) - qui a les qualités et les limites du film d’artiste ; c’est très brillant, très intelligent, superbement réalisé et interprété, mais à partir du moment où on ne s’intéresse pas trop au destin et aux préoccupations de ces deux personnages, au fait de savoir si ils vont se remettre ensemble, et si la copie elle serait pas aussi bien que l’original après tout, et si l’art ceci, cela, je veux dire si vraiment toutes ces interrogations sur l’art, l’amour, le couple, l’infidélité, l’incommunication, Dieu et ses sœurs, bref si vous trouvez que tout cela ressemble à du découpage d’aile de mouche pour bourgeois lettrés, et bien je dois dire qu’il y aurait quand même de quoi s’ennuyer au bout d’un moment. Pour tout dire, ça manque un peu d’émotion, malgré les méritoires efforts de Binoche pour la provoquer. Cela dit, pas de confusion : cela vaut tous les Robins des bois du monde et j’en conseille vivement la vision (beaucoup de v comme valise dans cette vilaine vhrase, n’est-ve pas ?), ne serait-ce que pour découvrir quelques merveilles de Toscane, entendre beaucoup de propos intelligents, et surtout se dire à la fin : « Oui, mais alors, attends…à la fin…enfin, je veux dire…ils jouent au couple qui se retrouve ou bien… ? » Parce que la copie est conforme, je vous le rappelle…A la fin du mois, j’ai vu Les petits ruisseaux avec Daniel Prévost, un film dont on a dit qu’il était sympathique, attendrissant, assez original (quoique à force de traiter la sexualité et la « deuxième vie» des retraités comme un sujet original, à la fin fatalement…), assez juste et assez drôle. Et bien tout cela est vrai, sans qu’il y en ait beaucoup plus à en dire. Cela dit, j’ai aussi vu pratiquement en même temps Les moissons du ciel de Terence Malick (chef d’œuvre, évidemment) à l’occasion de son opportune ressortie dans certaines salles…du coup, Les petits ruisseaux, je vous avoue…

Classement du mois (c’est pénible, je le referai pas l’année prochaine)

1- Dans ses yeux

2- Copie conforme

3- Ames en stocks

4- Les petits ruisseaux

15 - Robins de bois

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