13 décembre 2011

Assez rigolé, retour au cinéma expérimental avec "Les Lyonnais"

Je pensais vous entretenir de L'art d'aimer, qui avait l'air assez sympa. Mais la séance a disparu sans que je sache trop pourquoi. Il était écrit que je ne passerais pas cette semaine dans la légèreté. J'ai opté pour du très solide avec Les Lyonnais.
Encensé par la critique - à l'exception peut-être de quelques centaines de pisse-froid - ce film atteint pratiquement les sommets de L'immortel (par Richard Berry), que j'avais brièvement évoqué l'année dernière. Cela fait du bien de voir des bons films pas pour les gonzesses qui peuvent pas comprendre de toute façon, putain. Du cinéma rafraîchissant qui innove sans cesse. Olivier Marchal avait remarqué que les Gitans ne possédaient pas encore leur Grand Pardon : c'est chose faite. Ils portent la croix bien en évidence sur la poitrine, comme les Italiens, mais enlèvent quand même un ou deux boutons supplémentaires de leurs chemises pour bien marquer leur spécificité. Si le film commence bien par une fête de baptème (on ne peut pas innover tout le temps), ils chantent des chansons complètement nazes pour bien enfoncer le clou au niveau de la spécificité. Surtout, la vraie différence se fait au niveau de la culture : eux, ils ne balancent pas. Faut pas confondre.
C'est bien la première fois, à ma connaissance en tout cas - on m'a peut-être mal renseigné-, qu'un film ose enfin évoquer la différence entre les vrais voyous à l'ancienne, qui ne balancent pas et ne tuent pas les flics de sang-froid, et les petites merdes de maintenant (et d'hier, mais je ne dirai rien), qui donnent leurs collègues et frappent les dames. Ce n'est pas moi qui oserai balancer le scénario d'un film pour quelques avantages de toute nature, mais enfin sachez que les vrais traîtres dans l'histoire ne sont pas des Gitans. Je ne vous ai rien dit. Momo est donc Gitan et voyou de haute volée (Gérard Lanvin : tout est dit), fidèle en amitié (trop? Ha ha, comptez pas sur moi...), surtout fidèle à son vieux pote Serge (Tchéky Karyo, oui mes amis, c'est le duo gagnant) qui se retrouve en cabane et, de plus, menacé de mort par cet enculé de Zeitoun, de Bitoun ou de Zerbib, je ne sais plus trop. Le plus top dans l'affaire sont les dialogues très habiles qui donnent le ton du film : "T'as un message à faire passer? - Pourquoi, t'es facteur?"; "Un voyou en sommeil, ça reste un voyou"; "C'est moche de vieillir, Christo, t'as pu les réflexes - Il m'en reste assez pour baiser ta mère, fils de pute" ; "Si t'as plus les couilles, on le fait pour toi"; "Tu connais la règle, Larbi (Nordine? Zorba? Je sais plus), une vie contre une vie" ; "Vendez de la drogue si vous voulez, moi je touche pas à cette merde" ; "Zarma (Zelig? Voltaire?) c'est de la petite bière pour moi, il y a quelqu'un d'autre qui tire les ficelles"; "Moi, quand je me fais enculer, j'aime bien jouir, alors...", ha zut, j'ai oublié la fin de celle-la. Etc., etc.
De plus, il y a des flashbacks très nombreux (pour les non moins nombreux amateurs de flashback) et super bien foutus, avec des couleurs qui correspondent à l'époque. Par exemple, Serge et Momo à l'école, c'est en presque noir et blanc (une nouvelle couleur, j'ai pas reconnu), et les braquos du gang des Lyonnais, c'est en moche, enfin genre en "vintage". Le cinéaste ne recule pas devant l'évocation historique des méfaits du fameux SAC gaulliste et décrit avec beaucoup de doigté les rapports ambiguës entre grands flics et grands voyous. La musique est fort agréable et intervient toujours au bon moment, de même que les ralentis. Parfois, il y a des images au ralenti sans dialogues mais avec de la musique, et c'est très émouvant, comme lorsque les condés arrachent à Momo la femme qu'il vient d'épouser en prison pour la ramener en prison. Le scénario tient drôlement bien les rails - c'est pas Space Mountain, il faut dire - mais au final je pense que vous serez assez surpris par la mort du chien de Momo, que celui-ci retrouve pendu dans son jardin, et surtout par la fin, quand Momo finit par donner Serge, qui lui-même l'avait donné bien des années avant, alors que Momo pensait que c'était le Grec. Momo donne un pistolet à Serge et lui dit : "Ça fait  35 ans que tu vis comme une balance, tâche au moins de finir comme le grand voyou que tu as été." Évidemment, je ne vous ai rien dit. Courrez voir Les Lyonnais avant que je vous raconte comment Serge il bute Dino (Rocco? Silvio? Carlo?) qui a frappé sa fille !

Posté par leblogdeplus à 23:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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