16 décembre 2011

Allez voir "Hugo Cabret" mais dites à Dickens de me lâcher

Qui s'est cogné Hhhharry Paauuder (un truc comme ça?), Les choristes ou Le petit Nicolas connaît cette vérité essentielle : les enfants au cinéma, ça n'augure en général que des ennuis. Et puis, à la vision douze fois répétée de la bande-annonce de Hugo Cabret (au moins, pas de problème de prononciation), j'ai décidément eu peur que le vieux Martin, pauvre misère, ne se soit laissé tenter par l'envie de faire son Henri Poté à lui. En plus, ça avait l'air de se passer sous la neige et d'empester l'Esprit de Noël (la date de sortie, ça trompe pas, je suis un malin, moi). Barre-toi Dickens, fous-moi la paix. C'est donc avec l'humeur du vieux Scrooge que j'ai forcé les portes de la salle. D'autant plus Scrooge que pour cela il avait fallu me délester de 2 euros supplémentaires pour louer ces putains de lunettes 3D déjà souillées par la sueur de quelques spectateurs.

Ô magie du cinéma, mon coeur de Scrooge se radoucit bien vite : la séquence initiale - une plongée dans les entrailles d'une gare, moitié gare du Nord, moitié gare de Lyon, 100 % superbe - vaut à elle seule le prix d'entrée. Quant aux deux euros de la 3D, ils sont remboursés avec une seule image, deux heures plus tard : la fameuse Lune éborgnée de Méliès en relief ! Entretemps, la légendaire caméra virevoltante du maître de New York cuisine un met de réveillon aux petits oignons, jusqu'à le saupoudrer d'une grandiose reconstitution de la fabrication des films de Georges Méliès, que Scorsese a du particulièrement apprécié puisqu'il s'incarne lui-même en photographe de la Belle époque. J'ai souvent trouvé le procédé décevant, mais en l'occurrence la 3D fait vraiment lever la pâte. Bon, maintenant, stoppons là la métaphore culinaire, ça va comme ça. D'autant plus que le film est surtout une extraordinaire leçon sur l'ingénierie, tant Scorsese prend plaisir à filmer à filmer des milliers de rouages bien huilés et à nous montrer comment on leur donne une âme. Si j'avais eu 8 ans à la vision de Hugo, j'aurais peut-être voulu devenir horloger : quand ce qui n'est a priori que vile mécanique se met en branle, c'est juste un plaisir pour les yeux. Évidemment, c'est là tout le ressor(t) - hey, z'avez compris l'astuce? - de ce brillant hommage au cinéma : pas besoin de rêver d'une tornade, pas besoin d'inventer un ticket magique béni par un vieux barbu ni de prendre un train conduit par un sorcier pervers pour pénétrer au pays des Rêves puisqu'il suffit de savoir la fabriquer soi-même. La mécanique inerte prend vie grâce au talent des magiciens - mécaniciens, inventeurs, prestidigitateurs, dessinateurs, acteurs et, bien sûr, réalisateur. La fable de Scorsese est d'autant plus forte et magique qu'elle repose sur des bases bien matérialistes et ne bascule jamais dans le conte de fées. Elle donne même une formidable noblesse à l'expression "usine à rêves", que lui-même n'a jamais du mépriser, d'ailleurs. Le film a aussi le mérite de nous montrer dans son final quelques extraits bien mérités des films de Méliès, et franchement j'aurais jamais cru que ça me fascinerait autant.
Je vous épargne tous les clins d'oeil aux réalisateurs et aux vedettes des années du cinéma muet, y en a moult, certains sont directs mais on les saisit sans doute pas tous. Ils sont en tout cas très émouvants et jamais envahissants. Pas plus que les deux enfants d'ailleurs, qui jouent même très bien (comme quoi...). Ben "Mahatma" Kingsley en Méliès, c'est bien vu, et Sacha Baron "Borat" Cohen en flic de gare, c'est beau et drôle.

Et voilà pourquoi je suis ressorti de la salle toujours aussi Scrooge, mais en Scrooge qui aurait reçu la visite des Esprits de Noël. Avec l'envie de vous souhaiter dès maintenant, les larmes aux yeux et le bonheur au coeur, un très très très très joyeux Noël. Dont acte, j'espère quand même me réveiller demain matin l'esprit un peu plus sain d'esprit, avec l'envie raisonnable et légitime de baffer les mioches de Mary Poppins, d'étrangler haut et court Harry Potence, de brûler des sapins, Julie Andrews et toute la famille Von Trapp. Barre-toi Dickens.

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