02 janvier 2012

"Bruegel", "Le Havre", et un manque d'inspiration certain pour le titre

Ici, on aime ni le soleil arrogant ni l'azur despote, et on s'en cache pas. Au crépuscule de 2011, voici ce qu'il nous fallait : du finlandais en Normandie et du flamand en Flandre (pour faire plaisir mon ami Barth D. V.). Soit Le Havre et Bruegel, deux beaux films, avec peu de soleil mais beaucoup de lumières. Voilà, j'ai fait une intro et il y a une image. Je pense que tout ceux qui trouvent ce blog mal foutu vont devoir me faire des excuses et louer mon bon goût. Et maintenant parlons du Havre, la plus belle commune de France.

Kaurismaki a choisi une ville parfaite pour lui. Rappelons que dans ces films il est souvent bien difficile de savoir si l'action se situe en 1945, 1950, 1960 ou 1980, et que Le Havre fait à peu près le même effet. Autre point commun: les beautés du Havre et de l'univers du réalisateur Finlandais ne s'offrent pas à vous d'entrée. Il faut apprivoiser, ou du moins s'habituer (je parle en connaissance de cause, bien sûr). Le film impose son temps et le jeu des acteurs est théâtral. Si vous êtes un peu fatigués, vous considérerez même qu'ils sonnent un peu faux. Passez outre! En vérité tout cela est bien délectable.
Le héros s'appelle Marcel Marx (interprété par André Wilms), mais moi comme je connais un Marcel Marx, ça ne m'a pas fait marrer. C'est un cinquantenaire alcoolique (un peu) et cireur de chaussures. Il cache à la police un enfant africain qui cherche à rejoindre Londres. Sa femme est atteinte d'un mal qui ne sera jamais nommé. L'enfant est poursuivi par un policier qui n'a pas d'ami (mais c'est Jean-Pierre Daroussin, alors il est sympa quand même).
La solidarité des pauvres gens, des petits, des obscurs écartera tous les périls, sans niaiserie, avec noblesse. La fantaisie, les décors, la lumière, les personnages et les dialogues transpirent d'humanité. Et il faut absolument voir la scène où le héros déclare que s'il n'est pas noir, c'est parce qu'il est l'albinos de la famille.
Après
Quai des brumes, Tournée et le tout récent La Fée, sans oublier Le cerveau, La bête humaine et le génial Disco, Le Havre confirme que LH est bien la capitale de la République populaire du cinéma.

 

Voilà un inter, vous êtes contents, les gars ? Tout de suite je vais parler de Bruegel, alors qu'en haut je parlais de "Le Havre", même si normalement on dit "du Havre"
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Pour être apprécié, Bruegel, le moulin et la croix réclame encore davantage de bonne disposition. C'est la Flandre, c'est 1564. Rude pays, rude époque. L'Espagnol tourmente de l'infidèle à tour de bras, et cela inspire à Bruegel l’Ancien Le Portement de la croix, une version de la passion du Christ adaptée à son temps. Remarquez bien que sur votre droite ce n'est pas ce tableau mais la Tour de Babel (1563), car j'ai songé à vous cultiver un peu sans nuire au suspens.
Le principe du film : nous sommes dans le tableau en train de se faire, le peintre est le maître du temps - littéralement... pour en savoir plus il faut voir le film. Je tente maladroitement de susciter une attente, mais j'avoue que si jamais quelque lecteur voit ce film, je m'accorderais un gros auto-satisfecit car pour tout dire je n'y crois guère. Parlons simplement : cela ressemble à un épisode fictionnalisé de l'excellente série Palettes (ça se dit pas fictionnalisé, c'est ça que vous êtes en train de me dire par milliers, n'est-ce pas?). Une très bonne introduction, en tout cas, à la peinture flamande et à la technique de Bruegel, son inspiration, ses lumières et ses personnages.
J'ai adoré, mais je trouve dommage que le parallèle avec la passion du Christ soit mené jusqu'au bout, bien au-delà de "l'instant" pictural. Tout ça pour une bonne image de tempête et le beau visage de Charlotte Rampling toute triste pour son Fils... Cela ne s'imposait pas.
A la fin, une ronde humaine se forme, Bruegel tourne la tête et nous voilà en route pour le tableau suivant. Même seul dans le cinéma, je signe tout de suite pour Bruegel 2.

Posté par leblogdeplus à 20:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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